Les associations françaises interpellent les professionnels des médias et de la publicité après une nouvelle baisse du financement de la coopération internationale dans le budget 2026.
La France réduit son aide publique au développement à un rythme sans précédent : près de la moitié en deux ans et une coupe supplémentaire de 800 millions d’euros annoncée au budget 2026. Les budgets n’ont jamais été aussi bas depuis plus de 20 ans.
Face à ces réductions massives, nous, représentantes et représentants d’associations de solidarité internationale, lançons un appel aux médias et professionnels de la communication et de la publicité pour rendre visibles les conséquences de ces décisions : la disparition progressive et alarmante d’une politique publique qui sauve des vies et reste essentielle à notre sécurité, à notre économie et aux équilibres mondiaux.
Ce désengagement de la France, nos concitoyens et concitoyennes le voient peu car le sujet reste sous-traité dans les médias. Pour preuve, en 2024, Focus 2030 a relevé que l’Eurovision avait été mentionnée trois fois plus que la solidarité internationale dans les médias français. Début 2025, le débat s’est concentré sur la décision de Donald Trump de supprimer l’agence américaine pour le développement Usaid, alors que la France menait elle-même des réductions massives affaiblissant drastiquement sa capacité de réponse aux défis mondiaux : guerres en Ukraine, à Gaza, au Soudan, crise climatique, risque de pandémies…
Or, ce silence médiatique est inversement proportionnel à l’importance stratégique de cette politique. Il n’est pas seulement question d’aide et de solidarité : la coopération internationale est un engagement qui protège notre pays des instabilités mondiales. Un euro investi dans la prévention climatique en rapporte quatre à terme ; un euro consacré à la vaccination fait gagner, grâce aux maladies évitées, jusqu’à 44 euros ; la lutte contre les foyers épidémiques amenuise les risques qui peuvent atteindre rapidement l’Europe.
Près de 50.000 emplois
Réduire aujourd’hui nos actions à l’international, c’est accepter demain des coûts humains, économiques et sécuritaires bien plus lourds. C’est aussi fragiliser un instrument de paix et de lutte contre des régimes anti-droits. Car en garantissant l’accès à l’eau, à l’alimentation ou à l’éducation, en protégeant les enfants et les femmes dans les zones fragiles, les associations françaises contribuent à prévenir des crises dont les répercussions touchent tôt ou tard notre pays.
La solidarité internationale est également un atout pour l’économie française et son rayonnement international. Elle soutient plus de 50.000 emplois et entretient des expertises clés en gestion de crise, santé mondiale ou transition écologique reconnues et sollicitées à l’international. Elles renforcent nos relations économiques et stratégiques avec de nombreux pays et partenaires.
Or, les coupes engagées mettent en péril l’action des organisations de solidarité internationale françaises. Elles ont déjà dû stopper du jour au lendemain des projets vitaux pour des millions de personnes. En France et dans le monde, 10.000 postes ont déjà été supprimés et, sans nouveaux financements ces prochaines années, beaucoup d’organisations mettront la clé sous la porte.
C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui cet appel. Professionnels des médias, de la communication et de la publicité, vous avez le pouvoir de susciter l’attention, de faire émerger des récits, de rendre visible l’invisible. Une réalité demeure : plus l’opinion est informée, plus elle comprend et soutient cette politique d’aide publique au développement. 66 % des citoyennes et citoyens soutiennent les actions françaises à destination des populations vulnérables.
Notre appel n’a qu’un objectif : alerter. Nous cherchons des espaces de visibilité pour que la voix des acteurs et actrices de la solidarité internationale soit entendue. Mettre vos talents et vos moyens d’action au service des grandes causes défendues par nos organisations fera la différence pour interpeller et mobiliser l’opinion publique.
© photo Stephane De Sakutin-AFP




