Apéro thématique: Biodiversité, enjeux en ville et dans les champs

Nous avons pu compter le 19 octobre sur la présence de Véronique, gardienne de semences et ludo-jardinière ainsi que sur celle de Simon de Veni-Verdi, association d’agriculture urbaine pour débattre sur les enjeux de la préservation de la biodiversité en milieux urbain et rural.

Selon la FAO, «75% des variétés comestibles, cultivées au début du XXe siècle, ont disparu » Face à ce constat, Véronique Bonaventure du conservatoire vivant de la Ferme de Sainte Marthe, qui préserve aujourd’hui un millier de variétés potagères et qui assure la formation de producteurs et de conservateurs de semences sur le projet de SOL « Microfermes Internationales« , a expliqué son action pour protéger la biodiversité en milieu rural. De son côté Simon Ronceray, membre de Veni Verdi et co-fondateur d’Agrovélocités ainsi que créateur d’une banque de semences de variétés céréalières anciennes dans l’exploitation de ses parents, a décrit son action et les alternatives qu’il a découvert pour promouvoir la biodiversité agricole en milieu urbain.

La préservation de la biodiversité en milieu rural

Passionnée par la préservation de la nature, avec ses talents de jardinière et ses convictions très fortes, Véronique Bonaventure a décidé de créer en 2015 « Graines de Vie » afin de transmettre son savoir faire en matière de semences.  Elle a décrit la banque de semences mise en place à la Ferme de Sainte Marthe, le processus de transmission de ses semences (formation d’ambassadeurs qui eux-mêmes s’engagent à transmettre les méthodes de conservation des semences reçues à d’autres agriculteurs) afin de les faire vivre et de les adapter à des milieux agricoles différents de leur environnement d’origine.  Véronique a également évoqué le projet  « Microfermes Internationales » mené par SOL, qui, par l’entraide, les outils, le partage des connaissances, est pour elle une excellente réponse au caractère chronophage du métier de maraîcher. Face à l’existence d’un catalogue officiel de semences, particulièrement limitatif, qui entre autres, induit le risque de ne pas avoir de semences adaptées à l’évolution climatique, Véronique prône la constitution de Jardins de Semences ou conservatoires vivants qui permettront une production agricole résiliente.

 La préservation de la biodiversité en milieu urbain

hd_apero_sol_20161019-17Simon Ronceray a illustré les actions menées dans différentes villes d’Europe pour préserver la biodiversité en milieu urbain par des photos prises lors de son tour d’Europe à Vélo. Ainsi, Simon a décrit l’expérience du bar Green Bastards, à Gand en Belgique, qui présente sur ses terrasses plus de 150 variétés de plantes locales. Dans cet endroit, chaque consommateur peut repartir avec des sachets de graines à cultiver qu’il devra rapporter au bout d’un an. De plus, une carte via une appli permet de se géolocaliser pour montrer où sont plantées les graines. Il a rappelé l’expérience menée par le Jardin Botanique d’Hanovre lequel, qui sur demande, envoie des packs de matériel biologique (graines, roches…) parmi les 52 packs qu’ils ont a disposition(comme autant de semaine). Des programmes d’Education à l’Environnement et au Développement Durable sont aussi menés dans ce Jardin. Il a évoqué l’expérience menée à Madrid  d’un réseau de jardins potagers urbains dont le but est de conserver et de faire vivre les semences. Simon a également mentionné le jardin d’un restaurant d’Amsterdam qui utilise les légumes d’espèces locales qu’il cultive. Enfin, après un tour d’Europe, le projet Agrovélocités a fait le tour des initiatives de végétalisation et d’agriculture urbaine en Ile de France. C’est ainsi qu’ils ont découvert le projet de la Ferme du Bonheur, à Nanterre, un projet d’agriculture urbaine sur 4 hectares comprenant un potager, des moutons, des poules… Ce lieu, en bordure de l’autoroute permet de maintenir la race de moutons des Alpes qui s’est habituée aux conditions Franciliennes. Enfin, Simon a parlé avec beaucoup d’enthousiasme du programme actuel de Veni  Verdi   de potagers  sur les toits (exemple : le toit d’Enedis [ex Erdf], rue d’Aboukir dans le 3ème arrondissement de Paris) mais aussi dans les collèges en donnant l’exemple du collège Pierre Mendès France dans le 20ème arrondissement de Paris, non loin de Porte de Bagnolet. Dans les deux cas, les productions potagères sont vendues, pour le toit d’Enedis aux salariés et dans le cas du collège, dans un café-jeux-restaurant associatif, Natema, ainsi qu’aux collégiens et à leurs familles.

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Le catalogue de semences

Véronique a insisté lors de son intervention et en lien avec les questions posées ultérieurement par le public sur l’aberration du catalogue de semences pour le bio et l’agriculture non conventionnelle. Simon nous a expliqué les origines historiques de ce catalogue, qui date des années 30. En effet, au sortir de la Première Guerre Mondiale, période pendant laquelle des variétés ont été mises de côté, voire détruites, pour sélectionner les variétés les plus productives afin de nourrir les populations, mais aussi de garantir une certaine qualité de semences aux paysans, à une époque où les malfaçons dans le domaine pouvaient être rencontrées. Le même processus s’est opéré à la suite de la Seconde Guerre Mondiale. Cependant, Simon a bien insisté pour exprimer son mécontentement, tout comme Véronique, sur le fait que ce catalogue ne répond plus aux demandes de la société actuelle et n’est pas en phase avec un modèle de société résilient.

Pour rappel, l’idée du catalogue de semences était d’avoir une transparence sur les noms, les origines des semences, pour que tout le monde s’y retrouve. L’Europe a fait de même qu’en France. Le catalogue français est géré par le GNIS (Groupement National Interprofessionnel des Semences et des Plants) dont les membres sont des acteurs (économiques) majeurs de la filière. En parallèle du droit Français, le catalogue expose que : « toute semence qui n’y est pas inscrite est interdite à la vente, mais aussi à l’échange entre paysans. Le Ministère de l’Agriculture assimile cette pratique à des ventes dissimulées ». Il s’agit donc d’interdire la vente et l’échange qui seraient ‘dangereuses’. Un décret gouvernemental interdit donc des pratiques ancestrales à l’aide de ce catalogue.

La conservation des semences

Véronique, avec Philippe Desbrosses et de nombreux intervenants de la ferme de Sainte-Marthe et à l’aide des stagiaires présents à la ferme, a mis en place la banque de semences comprenant des milliers de références. C’est un véritable conservatoire vivant, c’est-à-dire que les graines sont régulièrement replantées pour s’assurer qu’elles sont toujours en capacité d’effectuer leur  germination, cela permet également à la variété d’évoluer avec le milieu et les transformations climatiques.

De son côté, Simon a observé que les céréaliers conventionnels, autour de chez ses parents, éprouvent des difficultés à garder leurs récoltes durablement face aux événements climatiques, aux maladies, aux champignons… Il a donc décidé de monter sa banque ‘biologique’ de blés anciens et de nombreux pays Européens pour arriver à adapter des espèces de blés aux changements climatiques. Il a pu dans sa démarche faire appel à la banque de semences de l’INRA qui lui a ainsi fourni une centaine de variétés dont certaines vieilles de plus d’un siècle.

Démarches institutionnelles et associatives apparaissent donc complémentaires et la conservation de la biodiversité agricole doit pouvoir s’appuyer sur ces 2 types d’acteurs.hd_apero_sol_20161019-2

 

En conclusion

Les questions et les interventions de Véronique et de Simon ont fait apparaître que beaucoup de possibilités existent pour être acteur de la préservation de la biodiversité agricole en milieu urbain. En particulier, on peut plus facilement qu’à la campagne y faire de la reproduction de semences sans risque de contamination par une autre variété ; et que, contrairement aux idées reçues la production urbaine n’était pas dangereuse pour la santé. Leur vision converge sur le besoin de développer la mutualisation et le travail en réseau pour rendre moins harassant le travail de maraîcher et de semencier. De plus, bien qu’ayant des points de vue divergeant légèrement : Véronique prône l’autonomie paysanne et alimentaire comme objectif et Simon, s’oriente lui sur le milieu urbain, avec les manques de moyens propre à l’environnement associatif, acceptant différents types de semences issues des réseaux bio et des autres.  Les deux interlocuteurs ont engagé les participants à ne pas rester passifs et à s’engager dans des actions concrètes notamment en milieux urbains où de  nombreuses municipalités, comme Paris qui prévoit 100 hectares végétalisés en 2020, octroient des  permis de végétalisation. Ces permis ont déjà été mis en place il y a quelques années comme sur l’exemple d’Hanovre. L’un comme l’autre ont finalement exprimé leur espoir afin que le développement des cultures en milieu urbain puisse, en reconnectant les citadins à la terre, redonner l’envie à certains de retourner dans les campagnes et de se lancer dans le maraîchage.

Événement et article réalisés par le groupe bénévole « Agroécologie et protection de la biodiversité »

En savoir plus sur le projet Microfermes Internationales…

Consultez l’interview de Véronique sur la reproduction des semences…

Consulter le podcast sur YouTube…