Témoignage : Ernesto et Marta nous parlent du projet Biocacao au Pérou

Décembre 2020

Nous nous sommes rendu.es dans les terres amazoniennes du Pérou, la région d’Ucuyali. C’est ici que le projet Biocacao prend place, en partenariat avec Kaoka et Triballat Noyal. Nous avons échangé avec Ernesto, directeur de l’association Biocacao et Marta, productrice et membre de la coopérative de la Colpa de Loros. Elle a adopté l’agroforesterie qu’elle a mis en pratique sur ses 8 hectares de parcelles. Découvrez leurs témoignages inspirants.

SOL – Pouvez-vous vous présenter en me donnant votre nom et votre poste au sein du projet bio cacao ?

Je suis Ernesto Parra, directeur du projet Biocacao développé par la fondation Biocacao et moi je suis Marta Yedes Irene Chamaya, je suis membre de la coopérative Colpa de Loros située dans la région d’Ucayali au Pérou.

SOL – Quelles sont les problèmes liés à la monoculture du cacao dans la région d’Ucayali en plus de la déforestation ?

Prod 1 (4)Ernesto : Culturellement, le cacao se cultivait à l’ombre car il se développe bien dans la forêt, mais de nouvelles technologies étrangères fondées sur la monoculture sont arrivées et ont modifié la façon de produire du cacao. Il y a eu un soutien important de la part du gouvernement pour développer ce type de monoculture.

Cette monoculture de cacao peut produire beaucoup de cacao sur le court terme mais elle nécessite beaucoup d’engrais qui ne sont pas à la portée des petits producteurs.trices. De plus, ce sont des arbres hybrides qui sont crées pour produire beaucoup mais qui ne tiennent pas longtemps.

Par ailleurs, la qualité du cacao récolté en monoculture n’est pas aussi bonne que celle du cacao cultivé à l’ombre car le cacaoyer n’a besoin que de quelques heures de soleil par jour. L’autre gros problème de la monoculture c’est la sécheresse. Comme il n’y a pas d’ombre, les arbres brûlent avec le soleil, il leur manque de l’eau et il y a de l’érosion au niveau des sols.

SOL – Pourquoi l’agroforesterie, qui était une pratique ancestrale, a disparu petit à petit ?

Marta : Ici dans la région, les gens ont commencé à couper les arbres illégalement pour le commerce. Ils ont coupé les arbres mais ils n’en ont jamais replantés. C’est pourquoi les plants issus des pépinières nous permettent de donner de la couleur à nos parcelles. Et ils nous aident beaucoup à maintenir la production de notre cacao.

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SOL – Le projet Biocacao est un projet de coopération entre la coopérative Colpa de Loros, Sol, KAOKA et Triballat Noyal. Pouvez-vous nous expliquer quel est le rôle de chaque partie prenante ?

Ernesto: Il existe un programme qui s’appelle Biocacao développé par la fondation du même nom. Ce programme a pour objectif global de développer une chaîne de valeur du cacao qui soit compétitive, durable et inclusive. Au sein de ce programme, il y a un projet de promotion des systèmes agroforestiers pour limiter les changements climatiques. Une des actions de ce projet est de construire des pépinières pour produire des plants d’arbres (différents des cacaoyers) pour les planter sur les parcelles des membres de la coopérative Colpa de Loros. Cette partie du projet est développé grâce à l’appui technique de SOL.

Créer des systèmes agroforestiers durables nécessite beaucoup de ressources économiques, c’est pour cela que ce projet est financé par KAOKA, une entreprise qui fabrique du chocolat issu du commerce équitable et par l’entreprise Triballat Noyal. En effet, le programme Biocacao emploie des techniciens financés à travers le fond de commerce équitable financé par la vente du cacao de la coopérative à KAOKA. 100% du cacao vendu par les producteurs.trices à la coopérative est exporté.

Au sein du projet, nous sommes 7 techniciens et nous apportons des conseils techniques sur la gestion des systèmes agroforestiers dans les parcelles. Un technicien s’occupe en moyenne de 80 producteurs.trices, qui sont répartis par secteur. Ils doivent aller dans les fermes une fois par mois pour voir les avancées. Le projet est développé sur 200 hectares environ, mais la coopérative a plus de 2000 hectares, seulement de cacao.

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SOL – Combien d’hectares avez-vous et comment fonctionne le système des plants ?

Marta : Moi j’ai 8 hectares de cacao, tous sont cultivés avec des systèmes agroforestiers. Nous récupérons les plants dans les pépinières de  la coopérative, nous les plantons dans notre parcelle intercalés avec les cacaoyers. L’appui technique et les plants sont gratuits pour les membres de la coopérative.

SOL – Avez-vous vu une évolution sur votre parcelle par rapport à la qualité du sol ?

Marta : Nous avons décidé de planter d’autres espèces d’arbres pour pouvoir avoir de la diversité dans la culture et pour avoir plus d’ombre. De fait, l’ombre permet d’avoir plus d’humidité et le cacao souffre moins de la chaleur. De plus, avec leurs racines, les arbres maintiennent le sol et il y a moins d’érosion, ce qui facilite la culture. Sur ma parcelle, j’ai déjà planté des arbres près de la rivière et je vois que l’effet est positif pour le sol.

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SOL – Dans quelle mesure, la pandémie de la Covid 19 a t-elle affecté le projet et les familles productrices de cacao ?

Ernesto : Comme partout, la Covid a affecté les producteurs.trices. Le plus grand problème a été l’immobilité car ici, au Pérou, le confinement a duré 6 mois. L’appui technique a été retardé car les techniciens ne pouvaient pas aller voir les producteurs.trices sur leurs parcelles.

Nous avons essayé de limiter ce problème en obtenant un permis spécial pour que les membres de la coopérative puissent continuer à vendre leur cacao. De plus, ici, il n’y a pas de masques ni de médicaments et 4 membres de la coopérative sont décédés (tous assez âgés) et beaucoup d’autres sont tombés malades. Les gens ont essayé de se soigner avec des plantes locales utilisées comme répulsif naturel car l’hôpital le plus proche est à Neshuya (la capitale du district) et ils ne pouvaient pas s’y rendre. La coopérative a donc distribué des masques et des médicaments aux membres de la coopérative et à leurs familles. Il y a eu beaucoup de solidarité et la coopérative a pu continuer à acheté le cacao.

SOL – Est-ce que vous avez pu évaluer l’impact des campagnes de sensibilisation sur le rôle clé des arbres mises en place auprès de la population locale ? Est-ce que vous avez pu noté un changement dans le comportement  des gens ?

Ernesto : De façon générale, la thématique environnementale est plus présente dans les médias et au niveau international. Par conséquent, les producteurs.trices sont davantage conscients de l’importance de la préservation de l’environnement. De plus, durant la pandémie, nous avons communiqué sur le virus, en expliquant qu’il était lié au changement climatique lui-même favorisé par la déforestation. Au final, le comportement des gens par rapport à l’environnement s’est un peu amélioré.

Par ailleurs,  cette année, beaucoup d’ONGs sont arrivées ici avec des propositions environnementales de reforestation et avec beaucoup de fonds. Elles nous contactent pour qu’on partage notre expérience ou pour travailler avec nous. C’est très positif car le gouvernement n’a pas la même approche.

SOL – Quelles sont les perspectives pour le projet bio cacao en 2021?20200311_152221

Ernesto : En 2021, nous allons continuer le suivi des plants et nous commencerons une nouvelle production pour remplacer ceux qui sont morts et pour continuer à planter des arbres dans les parcelles des membres de la coopérative. 

SOL – Voulez-vous ajouter quelque chose ?

Marta : Nous espérons que ce projet pourra continuer pour pouvoir avoir une meilleure qualité de vie, un aire pure et pour pouvoir continuer à planter des arbres pour lutter contre les changements climatiques. Ce serait bien aussi d’avoir des projets qui durent sur le long terme, 5 ou 6 ans par exemple, pour pouvoir observer les effets concrets. Car quand on plante des arbres tout prend du temps.

Entretiens réalisés par Eva Mutio, bénévole de l’association SOL

Pour aller plus loin

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