Interview de Vandana Shiva sur les OGMs et les alternatives

Le 1er octobre 2016, s’est tenu le traditionnel festival Bhoomi à Delhi organisé par Navdanya en partenariat avec l’Institut Français de Delhi et SOL. Cet événement a été l’occasion d’une collaboration franco indienne avec pour thème « Heeling our Body, Heeling our Planet » qui a fait le lien entre l’importance d’une agriculture paysanne durable, le changement climatique, la santé des Hommes et des ressources planétaires. Au lendemain de cet événement, SOL a souhaité interroger Vandana Shiva pour en savoir plus sur ses projets à venir.

 

Vandana Shiva, quelles sont vos impressions au sujet du festival Bhoomi 2016 ?

Le Bhoomi a une nouvelle fois été l’occasion de célébrer la Terre et ce festival a été à son image : généreux, beau et intelligent. Lors de cet évènement nous avons pu voir que lorsque l’on fait les choses correctement, tout fini par fonctionner et par donner existence à une journée exceptionnelle. Tous les ingrédients été réunis, la coopération entre nos structures, la qualité des interventions des intervenants, les performances artistiques, et tout s’est organisé dans une harmonie parfaite. La leçon à retenir est que lorsqu’il n’y a pas de compétition dans nos esprits, et que chacun travaille pour un but commun, nous arrivons à créer l’harmonie que nous avons atteinte lors du Bhoomi.

 

Actuellement, Navdanya mène un combat ardu contre l’introduction des moutardes OGMs en Inde en collaboration avec de nombreux autres mouvements paysans. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet enjeu?

La moutarde OGM a été introduite en Inde une première fois en 2002, Monsanto avait à l’époque déjà introduit en Inde ses semences OGM de manière illégale avant toute autorisation. Ces semences avaient alors été rejetées mais cette année, Monsanto est revenu en force pour conquérir le marché indien. Cette culture est particulièrement importante dans le contexte indien car la population indienne cultive et consomme la moutarde en grande quantité notamment sous forme d’huile. Le problème est qu’actuellement, cette négociation se fait dans l’opacité la plus totale et que nous n’avons accès à aucune donnée. Aucun test de nocivité n’a été fait et cette possibilité est totalement rejetée par ceux qui veulent l’entrée de ces OGMs. Nous appelons à plus de transparence et à un minimum d’études sur les conséquences que ce type d’introduction de semences aura sur nos paysans, sur notre biodiversité et sur notre santé avant toute autorisation. Par exemple, il a été démontré que les abeilles qui pollinisent les cultures de moutarde se déplacent dans un rayon de 3 km autour des fleurs qu’elles butinent et ont donc la possibilité de contaminer les autres cultures dans ce rayon-là. Pourtant, ils (les promoteurs des OGMs) nous disent que 6 mètres seulement seraient suffisant !! C’est ainsi qu’au Canada, la canola (colza) est en train de disparaître à cause des OGMs[1]. Ils essaient de nous dire que les OGMs sont tout à fait naturels mais il est important de déconstruire ce discours. La première étape est de mieux utiliser les recherches actuelles sur la nocivité des OGMs et de développer la recherche sur l’ensemble des impacts induits par une potentielle diffusion des cultures OGM dans nos champs.

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Quelles sont donc les prochaines étapes pour vous dans cette lutte ?

Il est primordial que l’on continue à sauvegarder et à cultiver les semences locales. Que l’on créé des zones sans OGM. Nous allons continuer à célébrer la moutarde comme nous le faisons depuis 22 ans et continuer à diffuser nos messages pour les personnes comprennent ce que sont réellement les OGM. Le tribunal contre Monsanto du 14 au 16 octobre 2016 est notamment l’occasion d’expliciter la dangerosité du monopole Bayer-Monsanto sur nos semences et notre biodiversité.

 

En 2016, SOL, Navdanya et Intelligence Verte lancent le programme Microfermes Internationales qui se déroule en France et en Inde. Quelle est la valeur ajoutée de ce triple partenariat selon vous et qu’attendez-vous de ce projet ?

Trop de personnes sont encore convaincues que l’agriculture conventionnelle est la seule solution mais la réalité est que ce sont les petites fermes qui nourrissent le monde aujourd’hui tout en préservant les sols et la biodiversité et que c’est vers elles qu’il faut se tourner pour construire l’avenir. Je me réjouis de ce partenariat et j’espère qu’il permettra de changer de paradigme pour montrer que ce sont les petites fermes qui sont les gardiennes de la conservation de notre biodiversité partout dans le monde.

 

En savoir plus sur le projet « Microfermes Internationales »

Soutenir le projet

Consultez la campagne de SOL et Navdanya « Graines de la liberté »

 

 

[1] Voir notamment : http://www.greenpeace.org/canada/fr/campagnes/ogm/Ressources1/Faits-saillants/Le-colza-transgenique/